Je me suis roulé un juillet levantin
A la résistance libanaise solitaire et digne
Mal
Mal
Mal réveillé
Alger matin intérieur jour
Jour été café télé
Fracas d’images levantines
Cigarette
Cigarette
Cig… arrête!
J’ai dû fumer mille clopes
Mal
Mal
Mal réveillé
J’ai porté mon sommeil toute la nuit
Comme un tombeau abrahamique
Ma nuit…
Ma nuit était peuplé d’étoiles funestes
Incrustées dans ma peau
Mon lit était hérissé de remords
J’ai dû dormir sur le Liban
*
Je suis entré par la Porte des Larmes
J’ai vu la mer pleurer
Mer des lamentations
Une mer de mères de larmes
Je cherchais mes amis dans le strip-tease des décombres
Dans la solitude des trottoirs
Et sous les abris friables
J’ai trouvé l’un d’eux étendu sur son foie
Aviation cannibale
Les bras à quelques mètres et la montre autour du port
Un oeil à Mar Elias, un autre à l’hôpital
Ses dernières paroles étaient: “S’il vous plaît, recouds-moi à l’utérus de ma mère!“
J’errais parmi un champ de consciences mortes
Des squelettes de bons sentiments
Et des brouillons de plans épiques
J’ai ramassé des larmes fossiles
De vieux cas de conscience de 1948
Un suicide poste -Nekba lézardant les murs d’une maison
J’ai demandé à une vieille l’aumône
Un peu de dignité arabe
Elle a maudi ma tribu
*
J’ai moulu mon âme
J’ai pilonné mes nuits et j’en ai fait une herbe
J’y ai ajouté un peu de tabac du Sud
Et j’ai fabriqué un pétard
J’ai demandé du feu à une colline
Elle me tendit un char
Pulvérisé par un cri
J’ai demandé du feu à un marchand de peur
Il me tendit un poster
A l’effigie d’Armaguedon
*
Hamra
Sandwich chez le kababji du coin
Des falafels farcis de pensées grotesques
Je me suis roulé un autre juillet
J’ai demandé du feu à un cireur de chaussures
Il m’a tendu un tract
J’ai essuyé mes bottes
Et l’ai jeté au ciel
Sur la corniche, des mouettes qui se crashent
Au chant de la canonnière
Jogging de jolies filles sur Minet Al Hosn
Sous le regard las de Nasser
Figé dans une statue de honte
J’ai sautillé à cloche-pied sur la ligne de démarcation
Beyrouth Est
Beyrouth Ouest
Beyrouth Nord
Beyrouth Sud
Beyrouth chic
Beyrouth choc
Beyrouth au chocolat
Beyrouth à la menthe
Beyrouth avec ou sans sucre
Pluie de bombes sur mon tout
Aviation cannibale
Beyrouth
Rose de lumière levantine
Je devine l’intransigeance de tes nuits
Je fis un somme sous un parking
Agrippé à un bout de bénédiction blindée de ma mère
Des galopins piaillaient sous un tapis de bombes
Ils jouaient au foot
Avec une pelote de cheveux roux
Probablement leur petite soeur
A la télé
Coupe du monde de la lâcheté
Dernier score sur Al Jazira: Allah 3 – Yahvé 0.
*
Sahat Echouhada
Photos souvenirs avec tous les martyrs:
1948
1956
1967
1973
1978
1982
1996
2000
2006
Gaza
Cana
Jénine
Ramallah
Bint Jbeil
Marjayoune
Aïth a-Rass
Samir Kassir
Joubrane Tuéni
George Hawé
Rafic Hariri
UNITED MOUQAWANA OF PEUPLES LIBRES
*
Place Nedjmé
J’ai demandé du feu à Yacine
Il m’a tendu un poème
Qui m’explosa dans les mains
Voix
J’entends chanter “Y a Beyrouth!”
Sur un air d’Aranjuez
C’est Terpsichore
Non, c’est Fayrouz
Je lui ai demandé du feu
Elle m’a chanté “Y a Qods“
J’ai marché sur Acca
Mahmoud Darwich au balcon
De ” Foundouq Al Houriyé“
Il entonne son “Sadddddjillll!“
Un verre de arak à la main
“Saddjil ana arabi!“
“Sadddddjillll!“
Note que je suis Arabe
Note!
Note, crétin!
Ahmed al Arabi proteste
Le poing levé, il s’écrie:
“Saddjil ana irhabi!“
OUI, JE SUIS UN TERRORISTE!
I AM A TERRORIST!
ICH BIN EIN TERRORISTEN!
JE SUIS LE FER, LE SANG, LE SOUFRE ET LE FEU!
FEU
FOU
FOUDRE
POUDRE
SUS AUX VIOLEURS DE MES REVES!
VOUS AVEZ DÉTRUIT NOS PONTS
NOUS SOMMES PASSES PAR LES COEURS
MAUDITES SOIENT VOS NUITS!
*
Masrah Al Madina
Je demande du feu à l’ouvreuse
elle me sert le dernier sourire peint par sa bouche
Je l’embrase et mon souffle
Embrase le monde
Nidhal Al Ashqar fait répéter des spectres
Les comédiens se mêlent aux réfugiés de Sour
Qu’elle aille au diable Condoleeza Rice!
Au théâtre Chams, un soleil pâle
“Nous allons bien, et vous?” me pique Roger Assaf
Nous allons mal
Nous sommes en panne de colère
Et je n’ai pas de feu
Le soleil me tend un rayon éteint
*
Achrafiyé
Verre de sang glacé au Pacifico
Musique technoïdale sur fond de volupté
Haïfa Wahby se déhanche comme une invasion divine
Sexy le clip des roquettes sur Haïfa
Haïfa Wahby ne connaît pas Haïfa
Mais ses yeux sont pires que les roquettes de Dieu
Courbes sournoises
Seins espions
Canon, les armes cachées du Hezbollah!
Sour: 1000 – Haïfa: 600
Gemayzé
Une femme cherche son fils
Un prophète cherche sa parole
Une bible dépareillée cherche le sens de tout cela
Aviation cannibale
J’ai demandé du feu à une chapelle
Elle me tendit un chapelet chiite
Et un peu de peur pour prier
Ain El Mreisseh
J’ai demandé du feu à une pute
Elle m’a allumé avec sa fierté
La mort me roule une pelle dans un bar “lounge”
Ses lèvres ont un goût saumâtre
On dirait du mezzé
Ou plutôt du m’tebel
Non, ça pue l’Homme
elle a mangé humain
Passion nécrophage
En libanais dans la chair
Aviation cannibale
Hors-d’oeuvre de nez, de joues, de lèvres, d’oreilles, de yeux, de bouches, d’accents, de sens, de phrases
Rose de paix levantine
Guerre byzantine
Sourires décapités
Fous rires massarés
Génocide lexico-facial
*
Arrivage de viande humaine au port de Beyrouth
Partout des chairs qui rôtissent
Sous un soleil à fragmentation
Barbecue attisé à la brise du Janoub
Exaspération beyrouthine
Exéspérance levantine
Beyrouth
Une broche à rôtir des saucisses humaines
Aviation cannibale
Massacre de routine
Kebab multiconfessionnel de Libans épars
Broyés dans un mixeur made in U.S.A.
Avec ou sans ketchup please!
*
Dhahia
Banlieue sismique de la nation
Béance sulfurique
Qasf
MK
Oum Kamel
Défilé de turbans noirs à Harat Hreik
Des Chebab en scooter
Pourchassent la compassion
Dans un essaim de causes
Ya Ali! Ya Hassan! scandent des enfants
Ils ont des roquettes qui poussent
A la place des dents
J’ai demandé du feu à un immeuble éventré
Il me tendit une tempête
Beyrouth ressemble à un match de bouchers
Un été de Sabra et Chatila
Qui aime bien Chatila bien
Nuit cannibale
Café à la cardamome
A Borj B’rajneh
Un drone survole ma paix
Je lui ai demandé du feu
Il m’a balancé un couvre-feu
Aviation cannibale
Le ciel est tombé sur ma paix
Al Manar 50 – Fox News 500
J’ai fait le plein de courage à une station de femmes
Et j’ai foncé plein sud
J’ai jeté l’ancre à Saïda
J’ai siroté un thé amer
Avec des pêcheurs sans mer
J’ai demandé du feu à un vieux chalutier
Il m’a chanté Ya bahriyé
J’ai croisé un fidayï
Qui s’en allait mourir
Bras dessus, bras dessous
Avec le belle Katioucha
Pour arroser son honneur
Avec un peu de bravoure
Je lui ai demandé du feu
Il m’a craché dessus
J’ai croisé Gibran
Perché sur une colline
Qui surplombe la bêtise humaine
Je lui ai demandé l’heure
“Il est le chaos moins Byblos“
Et il a disparu
Dans un verre de ciguë
J’ai croisé une fille qui s’appelait Baalbak
Oui, comme la ville
Je lui ai demandé du feu
Elle m’a tendu une fleur
Je lui ai jeté des fleurs
Elle m’a jeté dans la baie
*
J’ai marché jusqu’à n’en plus pouvoir
Drapé d’une nuée de linceuls
Les noms des morts gravés sur ma langue
Aviation cannibale
Géographie du Mal
Des cortèges de sauve-qui-peut allaient à contre-jour
Tels des chauve-souris
Ma raison rampait à rebrousse-poil des étoiles
A contre-courant des ambulances
J’ai poussé jusqu’au Litani
Je me suis désaltéré avec l’urine d’une cigogne
J’ai enjambé le Litani
J’ai gravi une montagne de cadavres
Des réservistes juifs jouent aux cartes tout en haut
en surveillant l’horizon
J’ai dit “Shalom“
Ils ont explosé l’horizon
Il n’y avait plus de nord
Lu dans la paume d’une palestinomancienne
“Tu mourras petit“
Je ne fais que m’étirer depuis
En me greffant les bras
De ceux qui savent se battre
En me greffant les poings
De ceux qui savent frapper
En me greffant les mains
De ceux qui savent tirer
En me greffant le coeur
De ceux qui savent haïr
en me coupant les jambes
De ceux qui savent fuir
en me coupant la langue
De ceux qui savent parler
Tout pour mourir HOMME
En tuant le poète
Qui m’empêche de tuer
Rien ne m’exaspère plus qu’une lâcheté bavarde!
Exéspérance levantine
Adonis 5 – AdonaÏ 0
Banquet funèbre à Cana
Noces de sang et de non-sens
Aviation cannibale
Les convives étaient des corbeaux
Et les instruments de musique: mutiques
Le soleil était une tache saignante
La lune laide comme une guerre civile
L’été ruines et stupeur
Le Litani avait soif
Longue litanie de râles qui flirtent avec l’agonie
Les soldats ont soif
Les combattants sont fatigués d’être courageux
La vérité doute
C’est l’été
C’est ce satané mois d’août!
Je me roule encore un juillet
Les bêtes meurent aussi
Elles ont tout sifflé
Le soleil a tout bu
Et ma vessie aussi
Rien bu depuis trois milles obus
Depuis cinq mille déserts bibliques
Je n’ai que ma sueur à boire
La soif est plus pugnace qu’Israël
Le soleil est plus fort que les bombes
Aviation cannibale
Planète carnivore
Paix nécrophage
Israël libanovore
Géographie du Mal
Topographie des seins arides
*
J’ai planté des citronniers le long de la Ligne Bleue
La Ligne Bleue devenait verte
Puis une ligne rouge
Je voyais rouge
Aviation cannibale
J’ai hélé un hélico
il se révéla un âne
J’ai demandé mon chemin à un Casque Bleu
Il leva les bras au ciel
J’ai demandé à Dieu
Il haussa les épaules
J’ai demandé à un olivier
Il m’offrit un rameau brisé
J’ai demandé à un village en flammes
Il me répondit en pleurs
Je me suis affalé sur la plus haute crête
De Maroun al Rass
Je me suis tenu la tête
En bas
L’humanité ressemblait à un champ de pastèques égorgées
Humanité cannibale
Planète carnivore
Mon village
Mon peuple
Mon Sud
Un champ de tabac brûlé
Paix nécrophage
Israël libanovore
Géométrie fertile
Levant: levain de mon orgueil
Liban: je devine l’intransigeance de tes collines
*
J’ai demandé du feu
A la nation arabe
Feue la notion arabe
M’offrit du vin
Et un chèque en bois
Pour langue lèche-cul
J’ai craché sur la nation arabe
Qui ne cache pas le feu
Et qui tient le crachoir
Dès le cessez-le-feu
Plus de nation arabe!
Plus de notion arabe!
Nasrallah: 10 000 – Nous: 0
*
Un tank est venu me chasser
De la tombe que je me creusais
Je lui ai demandé du feu
Il brandit son canon
J’ai allumé ma colère
En lui disant “Tank you”
Tank you Israël
Tank you
Tank you Sharon
Tank you U.N
Tank you Bush
Tank you Nouveaux Cons
Tank you America
Tank you!
Tank you!
Tank you!
*
J’ai moulu mon âme
J’ai pilonné mes nuits et j’en ai fait un rêve
J’y ai ajouté un peu de tabac du Sud
Et j’ai fabriqué une révolution
J’ai demandé du feu au Mont Liban
Il m’a tendu Nasrallah
JE ME SUIS ROULE UN JUILLET LEVANTIN
ET J’AI FUME LA REVOLUTION
J’ai fumé mon âme
J’ai fumé tout mon soûl
J’ai balancé le pétard
Sur une colonne de nouveaux colons
Mes poumons fleuraient la liberté
United Mouqawama of peuples libres: 1 000 000 – GMO: 0
*
Je me suis réveillé en sueur
J’ai cassé ma télé
JT cannibale
J’ai débranché l’univers
J’ai balancé mon coeur par la fenêtre
J’ai pris mon petit-déjeuner avec mon chat
J’ai sauté dans ma voiture
Et j’ai roulé vers nulle part en écoutant Nancy Agram
Le corps bardé de fantasmes
J’ai failli rentrer dans un barrage de flics
Je les ai pris pour Tsahal…
*
Message édité le 19 août 2008