Archives de Tag: Cocktaïl

Cocktaïl kafkaïne de Mustapha Benfodil. (14)

9 juil

Je me suis roulé un juillet levantin

A la résistance libanaise solitaire et digne

Mal

Mal

Mal réveillé

Alger matin intérieur jour

Jour été café télé

Fracas d’images levantines

Cigarette

Cigarette

Cig… arrête!

J’ai dû fumer mille clopes

Mal

Mal

Mal réveillé

J’ai porté mon sommeil toute la nuit

Comme un tombeau abrahamique

Ma nuit…

Ma nuit était peuplé d’étoiles funestes

Incrustées dans ma peau

Mon lit était hérissé de remords

J’ai dû dormir sur le Liban

*

Je suis entré par la Porte des Larmes

J’ai vu la mer pleurer

Mer des lamentations

Une mer de mères de larmes

Je cherchais mes amis dans le strip-tease des décombres

Dans la solitude des trottoirs

Et sous les abris friables

J’ai trouvé l’un d’eux étendu sur son foie

Aviation cannibale

Les bras à quelques mètres et la montre autour du port

Un oeil à Mar Elias, un autre à l’hôpital

Ses dernières paroles étaient: “S’il vous plaît, recouds-moi à l’utérus de ma mère!

J’errais parmi un champ de consciences mortes

Des squelettes de bons sentiments

Et des brouillons de plans épiques

J’ai ramassé des larmes fossiles

De vieux cas de conscience de 1948

Un suicide poste -Nekba lézardant les murs d’une maison

J’ai demandé à une vieille l’aumône

Un peu de dignité arabe

Elle a maudi ma tribu

*

J’ai moulu mon âme

J’ai pilonné mes nuits et j’en ai fait une herbe

J’y ai ajouté un peu de tabac du Sud

Et j’ai fabriqué un pétard

J’ai demandé du feu à une colline

Elle me tendit un char

Pulvérisé par un cri

J’ai demandé du feu à un marchand de peur

Il me tendit un poster

A l’effigie d’Armaguedon

*

Hamra

Sandwich chez le kababji du coin

Des falafels farcis de pensées grotesques

Je me suis roulé un autre juillet

J’ai demandé du feu à un cireur de chaussures

Il m’a tendu un tract

J’ai essuyé mes bottes

Et l’ai jeté au ciel

Sur la corniche, des mouettes qui se crashent

Au chant de la canonnière

Jogging de jolies filles sur Minet Al Hosn

Sous le regard las de Nasser

Figé dans une statue de honte

J’ai sautillé à cloche-pied sur la ligne de démarcation

Beyrouth Est

Beyrouth Ouest

Beyrouth Nord

Beyrouth Sud

Beyrouth chic

Beyrouth choc

Beyrouth au chocolat

Beyrouth à la menthe

Beyrouth avec ou sans sucre

Pluie de bombes sur mon tout

Aviation cannibale

Beyrouth

Rose de lumière levantine

Je devine l’intransigeance de tes nuits

Je fis un somme sous un parking

Agrippé à un bout de bénédiction blindée de ma mère

Des galopins piaillaient sous un tapis de bombes

Ils jouaient au foot

Avec une pelote de cheveux roux

Probablement leur petite soeur

A la télé

Coupe du monde de la lâcheté

Dernier score sur Al Jazira: Allah 3 – Yahvé 0.

*

Sahat Echouhada

Photos souvenirs avec tous les martyrs:

1948

1956

1967

1973

1978

1982

1996

2000

2006

Gaza

Cana

Jénine

Ramallah

Bint Jbeil

Marjayoune

Aïth a-Rass

Samir Kassir

Joubrane Tuéni

George Hawé

Rafic Hariri

UNITED MOUQAWANA OF PEUPLES LIBRES

*

Place Nedjmé

J’ai demandé du feu à Yacine

Il m’a tendu un poème

Qui m’explosa dans les mains

Voix

J’entends chanter “Y a Beyrouth!”

Sur un air d’Aranjuez

C’est Terpsichore

Non, c’est Fayrouz

Je lui ai demandé du feu

Elle m’a chanté “Y a Qods

J’ai marché sur Acca

Mahmoud Darwich au balcon

De ” Foundouq Al Houriyé

Il entonne son “Sadddddjillll!

Un verre de arak à la main

Saddjil ana arabi!

Sadddddjillll!

Note que je suis Arabe

Note!

Note, crétin!

Ahmed al Arabi proteste

Le poing levé, il s’écrie:

Saddjil ana irhabi!

OUI, JE SUIS UN TERRORISTE!

I AM A TERRORIST!

ICH BIN EIN TERRORISTEN!

JE SUIS LE FER, LE SANG, LE SOUFRE ET LE FEU!

FEU

FOU

FOUDRE

POUDRE

SUS AUX VIOLEURS DE MES REVES!

VOUS AVEZ DÉTRUIT NOS PONTS

NOUS SOMMES PASSES PAR LES COEURS

MAUDITES SOIENT VOS NUITS!

*

Masrah Al Madina

Je demande du feu à l’ouvreuse

elle me sert le dernier sourire peint par sa bouche

Je l’embrase et mon souffle

Embrase le monde

Nidhal Al Ashqar fait répéter des spectres

Les comédiens se mêlent aux réfugiés de Sour

Qu’elle aille au diable Condoleeza Rice!

Au théâtre Chams, un soleil pâle

Nous allons bien, et vous?” me pique Roger Assaf

Nous allons mal

Nous sommes en panne de colère

Et je n’ai pas de feu

Le soleil me tend un rayon éteint

*

Achrafiyé

Verre de sang glacé au Pacifico

Musique technoïdale sur fond de volupté

Haïfa Wahby se déhanche comme une invasion divine

Sexy le clip des roquettes sur Haïfa

Haïfa Wahby ne connaît pas Haïfa

Mais ses yeux sont pires que les roquettes de Dieu

Courbes sournoises

Seins espions

Canon, les armes cachées du Hezbollah!

Sour: 1000 – Haïfa: 600

Gemayzé

Une femme cherche son fils

Un prophète cherche sa parole

Une bible dépareillée cherche le sens de tout cela

Aviation cannibale

J’ai demandé du feu à une chapelle

Elle me tendit un chapelet chiite

Et un peu de peur pour prier

Ain El Mreisseh

J’ai demandé du feu à une pute

Elle m’a allumé avec sa fierté

La mort me roule une pelle dans un bar “lounge”

Ses lèvres ont un goût saumâtre

On dirait du mezzé

Ou plutôt du m’tebel

Non, ça pue l’Homme

elle a mangé humain

Passion nécrophage

En libanais dans la chair

Aviation cannibale

Hors-d’oeuvre de nez, de joues, de lèvres, d’oreilles, de yeux, de bouches, d’accents, de sens, de phrases

Rose de paix levantine

Guerre byzantine

Sourires décapités

Fous rires massarés

Génocide lexico-facial

*

Arrivage de viande humaine au port de Beyrouth

Partout des chairs qui rôtissent

Sous un soleil à fragmentation

Barbecue attisé à la brise du Janoub

Exaspération beyrouthine

Exéspérance levantine

Beyrouth

Une broche à rôtir des saucisses humaines

Aviation cannibale

Massacre de routine

Kebab multiconfessionnel de Libans épars

Broyés dans un mixeur made in U.S.A.

Avec ou sans ketchup please!

*

Dhahia

Banlieue sismique de la nation

Béance sulfurique

Qasf

MK

Oum Kamel

Défilé de turbans noirs à Harat Hreik

Des Chebab en scooter

Pourchassent la compassion

Dans un essaim de causes

Ya Ali! Ya Hassan! scandent des enfants

Ils ont des roquettes qui poussent

A la place des dents

J’ai demandé du feu à un immeuble éventré

Il me tendit une tempête

Beyrouth ressemble à un match de bouchers

Un été de Sabra et Chatila

Qui aime bien Chatila bien

Nuit cannibale

Café à la cardamome

A Borj B’rajneh

Un drone survole ma paix

Je lui ai demandé du feu

Il m’a balancé un couvre-feu

Aviation cannibale

Le ciel est tombé sur ma paix

Al Manar 50 – Fox News 500

J’ai fait le plein de courage à une station de femmes

Et j’ai foncé plein sud

J’ai jeté l’ancre à Saïda

J’ai siroté un thé amer

Avec des pêcheurs sans mer

J’ai demandé du feu à un vieux chalutier

Il m’a chanté Ya bahriyé

J’ai croisé un fidayï

Qui s’en allait mourir

Bras dessus, bras dessous

Avec le belle Katioucha

Pour arroser son honneur

Avec un peu de bravoure

Je lui ai demandé du feu

Il m’a craché dessus

J’ai croisé Gibran

Perché sur une colline

Qui surplombe la bêtise humaine

Je lui ai demandé l’heure

Il est le chaos moins Byblos

Et il a disparu

Dans un verre de ciguë

J’ai croisé une fille qui s’appelait Baalbak

Oui, comme la ville

Je lui ai demandé du feu

Elle m’a tendu une fleur

Je lui ai jeté des fleurs

Elle m’a jeté dans la baie

*

J’ai marché jusqu’à n’en plus pouvoir

Drapé d’une nuée de linceuls

Les noms des morts gravés sur ma langue

Aviation cannibale

Géographie du Mal

Des cortèges de sauve-qui-peut allaient à contre-jour

Tels des chauve-souris

Ma raison rampait à rebrousse-poil des étoiles

A contre-courant des ambulances

J’ai poussé jusqu’au Litani

Je me suis désaltéré avec l’urine d’une cigogne

J’ai enjambé le Litani

J’ai gravi une montagne de cadavres

Des réservistes juifs jouent aux cartes tout en haut

en surveillant l’horizon

J’ai dit “Shalom

Ils ont explosé l’horizon

Il n’y avait plus de nord

Lu dans la paume d’une palestinomancienne

Tu mourras petit

Je ne fais que m’étirer depuis

En me greffant les bras

De ceux qui savent se battre

En me greffant les poings

De ceux qui savent frapper

En me greffant les mains

De ceux qui savent tirer

En me greffant le coeur

De ceux qui savent haïr

en me coupant les jambes

De ceux qui savent fuir

en me coupant la langue

De ceux qui savent parler

Tout pour mourir HOMME

En tuant le poète

Qui m’empêche de tuer

Rien ne m’exaspère plus qu’une lâcheté bavarde!

Exéspérance levantine

Adonis 5 – AdonaÏ 0

Banquet funèbre à Cana

Noces de sang et de non-sens

Aviation cannibale

Les convives étaient des corbeaux

Et les instruments de musique: mutiques

Le soleil était une tache saignante

La lune laide comme une guerre civile

L’été ruines et stupeur

Le Litani avait soif

Longue litanie de râles qui flirtent avec l’agonie

Les soldats ont soif

Les combattants sont fatigués d’être courageux

La vérité doute

C’est l’été

C’est ce satané mois d’août!

Je me roule encore un juillet

Les bêtes meurent aussi

Elles ont tout sifflé

Le soleil a tout bu

Et ma vessie aussi

Rien bu depuis trois milles obus

Depuis cinq mille déserts bibliques

Je n’ai que ma sueur à boire

La soif est plus pugnace qu’Israël

Le soleil est plus fort que les bombes

Aviation cannibale

Planète carnivore

Paix nécrophage

Israël libanovore

Géographie du Mal

Topographie des seins arides

*

J’ai planté des citronniers le long de la Ligne Bleue

La Ligne Bleue devenait verte

Puis une ligne rouge

Je voyais rouge

Aviation cannibale

J’ai hélé un hélico

il se révéla un âne

J’ai demandé mon chemin à un Casque Bleu

Il leva les bras au ciel

J’ai demandé à Dieu

Il haussa les épaules

J’ai demandé à un olivier

Il m’offrit un rameau brisé

J’ai demandé à un village en flammes

Il me répondit en pleurs

Je me suis affalé sur la plus haute crête

De Maroun al Rass

Je me suis tenu la tête

En bas

L’humanité ressemblait à un champ de pastèques égorgées

Humanité cannibale

Planète carnivore

Mon village

Mon peuple

Mon Sud

Un champ de tabac brûlé

Paix nécrophage

Israël libanovore

Géométrie fertile

Levant: levain de mon orgueil

Liban: je devine l’intransigeance de tes collines

*

J’ai demandé du feu

A la nation arabe

Feue la notion arabe

M’offrit du vin

Et un chèque en bois

Pour langue lèche-cul

J’ai craché sur la nation arabe

Qui ne cache pas le feu

Et qui tient le crachoir

Dès le cessez-le-feu

Plus de nation arabe!

Plus de notion arabe!

Nasrallah: 10 000 – Nous: 0

*

Un tank est venu me chasser

De la tombe que je me creusais

Je lui ai demandé du feu

Il brandit son canon

J’ai allumé ma colère

En lui disant “Tank you”

Tank you Israël

Tank you

Tank you Sharon

Tank you U.N

Tank you Bush

Tank you Nouveaux Cons

Tank you America

Tank you!

Tank you!

Tank you!

*

J’ai moulu mon âme

J’ai pilonné mes nuits et j’en ai fait un rêve

J’y ai ajouté un peu de tabac du Sud

Et j’ai fabriqué une révolution

J’ai demandé du feu au Mont Liban

Il m’a tendu Nasrallah

JE ME SUIS ROULE UN JUILLET LEVANTIN

ET J’AI FUME LA REVOLUTION

J’ai fumé mon âme

J’ai fumé tout mon soûl

J’ai balancé le pétard

Sur une colonne de nouveaux colons

Mes poumons fleuraient la liberté

United Mouqawama of peuples libres: 1 000 000 – GMO: 0

*

Je me suis réveillé en sueur

J’ai cassé ma télé

JT cannibale

J’ai débranché l’univers

J’ai balancé mon coeur par la fenêtre

J’ai pris mon petit-déjeuner avec mon chat

J’ai sauté dans ma voiture

Et j’ai roulé vers nulle part en écoutant Nancy Agram

Le corps bardé de fantasmes

J’ai failli rentrer dans un barrage de flics

Je les ai pris pour Tsahal…

*

Message édité le 19 août 2008

Cocktaïl kafkaïne de Mustapha Benfodil. (13)

9 juil

Litté/Ratures

Peau pitoyable pelée au rasoir de la haine honte

Erosion abrasive du désir

Quantité insignifiante d’espoir d’esprit

Juste assez de lumière pour regarder dans le cul du monde

Par la serrure du néant

*

Destin ivre

Corps et graphie sans coeur ni vie

Je suis perdu comme un ivrogne

Dans le dédale de la Création

Je titube comme ce poème

Je louche comme mon destin borgne

Qui inaugure des chrysanthèmes

Je rêve d’un fabuleux destin

Hissé sur un rêve clandestin

Je suis une épave nietzschéenne

A la recherche d’un peu de sens

Dans la poubelle de l’espérance

Je rêve d’un fabuleux destin

Hissé sur un rêve clandestin

Je ne saurais dire comment, pourquoi

J’ai perdu le mode d’emploi

Pourquoi, pour qui,

Où, quand, comment,

J’ai déboulé du néant

Et déroulé ma vieille rengaine

Mon orgue de barbarie humaine

Comme une boule de papier hygiénique

(A défaut de papier-musique)

J’ai déboulé du cri de maman

Je rêve d’un fabuleux destin

Hissé sur un rêve clandestin

Je suis une musique ennuyeuse…

Et tellement mésaharmonieuse

Qui sent la merde du piano

Et le rhum des instruments

Je suis un matin fripé

Sorti d’un musée aux orties

Par une aube sans lendemain

Promettez,

Promethée-moi le feu!

Je vous promets l’humanité

Et des incendies libertins

Je rêve d’un fabuleux destin

Hissé sur un rêve clandestin

*

Harraga hacker des frontières

Chevauchant la mer des lamentations

Juché sur un radeau dépareillé

Une petite âme

Deux bras frêles

Et un paquet de doutes pour provisions

Dérivant inexorablement vers l’abysse

Nuptiale

Où le rien célébrait son union avec le tout

Je me noyais

Dans une orgie de non-sens

Dans l’indifférence de la mer

Sous les applaudissements des récifs, des caps et de tous les rivages

Seule une frontière me tendit la main

Elle s’appelait L’Ile des Loups

*

Insomnie

Mes nuits sont si longues, sont si langues sans toi

Je traverse mille pays pour voir le matin

Et autant de contrées à courir à tes pieds

Et respirer chaque bulle d’air éructée par ta bouche

Et marcher sur chaque pas foulé par tes chevilles

Et nouer tes cheveux autour de mon cou

Et m’étrangler enfin pendu à tes lèvres!

*

Clandestinopolis

Une sirène retentit dans mon sommeil

Chaque fois que je ferme l’oeil

L’exil est tatoué sur ma peau

La peur aux tripes, je mange des questions

Je rase les murs et me rase aux épines

Que je cueille dans le regard des gens

*

Message édité le 18 août 2008

Cocktaïl kafkaïne de Mustapha Benfodil. (11)

8 juil

J’ai dormi près d’un rêve

J’ai fait un beau rêve

Où je dormais près de toi

J’ai ouvert les yeux

Et tu étais encore là

Un rêve est allongé près de moi

Je tends ma main

Et ma main touche ta main

Et ma main touche le rêve

Et mon rêve touche tes lèvres

J’ai dormi près d’un beau rêve

Et chaque fois que je me réveillais

Mes yeux s’ouvraient sur tes beaux yeux

Et je me sentais si bien

Dans la paume de ta main

Comme sur un lit de lilas

Rien que pour cela

Je voudrais mourir près de toi

Pour renaître en toi

Je voudrais fondre, bébé

Dans ton doux sommeil d’Eve

Prends moi, chérie, dans tes draps!*

*Formule empruntée à Jean-Claude Gorsse “Le Libre jeu”. In “La parole éprouvée. Ed. Les cahiers de l’égaré. Le Revest-

les-eaux. 2000. P23.

Le dernier cigare de Saddam Hussein

Au dernier Raïs

Seul au-dessus de la trappe infâme

Une cave sordide

Un bourreau encagoulé

Une corde rêche

Une trappe

Un cadavre vertical

Un jour d’aïd lâche

Dédié aux égorgeurs

Une image vidéo

Filmée d’un portable aveugle

Un tronc est tombé de son trône

Dans la trappe aux anonymes

D’une chiquenaude du destin

Tu as rejoint ton peuple, Raïs

Dans la fausse aux lions

Transformés en chats chétifs et tuberculeux

La dignité écrasée sous un énorme char Abrams

J’écoute Mounir Bachir en recousant ta main à ton cimeterre, Raïs

Je ne sais pas pourquoi je fais cela?

Je n’aime pas ta moustache

Je n’aime pas ta fausse barbe

Ni Marx, ni Khomeyni

Tu étais juste un fugitif

Un réfugié dans un trou à rats, Raïs

Mais ton bourreau t’a sauvé

Tu avais quelque chose de shakespearien dans ta chute, Raïs

Quelque chose de seigneurial

Mélange de Staline et de Halläj

Ta mort est la plus belle oeuvre de ta vie, Raïs

Tu as régné en tyran

Et tu es mort en humble

(Presque un héros tragique n’était le portable)

Sans rien regretter de ta folie

Sans rien quémander à Dieu

Que le privilège des martyrs

Et le luxe de mourir lucide

Les yeux grands ouverts

Derrière leur bandeau

Le cou altier

Méprisant la potence

Je vais poster mon corps à El Kettar

Il y a ton corps

Il y a mon corps

Entre nous deux

Le corps social

Le corps martial

Le corps marital

Le corps de la gendarmerie

Nationale

Et un gros porc de corps d’armée

Et la statue d’Abdelkader

Accord parental

Vital

Code de la condition fémilline

Mâle-heurt

Femme-meurs

Fleurs de lys

Fous-le camp de mon lit

Imaginaire

Je saisis mon bâton

Et je m’en vais taper dix coups

Sur le corps de la tendresse

Cadavre pantelant

L’amour gît mort sur le trottoir

Devant une pute en foulard

Donne-moi ton doigt sucré

Que je mette ton miel dans mon fiel

Que je signe ce baiser essentiel

Ce PV existentiel

Avant d’aller poster mon corps à El Kettar!

Journal intime du Bon Dieu

Premier Jour après l’éternité:

Aujourd’hui, J’ai crée Le Big Bang

Deuxième Jour après l’Eternité:

Aujourd’hui, J’ai crée Le Temps

Troisième Jour après l’Eternité

Aujourd’hui, J’ai dessiné La Terre

Quatrième Jour après l’Eternité

Aujourd’hui, J’ai crée Les Eléments

Cinquième Jour après l’Eternité:

Aujourd’hui, J’ai façonné l’Homme

Sixième Jour après l’Eternité:

Aujourd’hui, J’ai chassé Adam et Eve du Paradis

Septième Jour après l’Eternité

Aujourd’hui, J’ai crée l’Ennui!

*

Message édité le 12 août 2008

Cocktaïl kafkaïne de Mustapha Benfodil. (10)

8 juil

Dernier voyage à Arafatland

pour Abou Ammar

le Père des Palestiniens

Géographe de l’exil

Tu avais une Palestine dans chaque port

Avec Jérusalem comme boussole

Je collectionne tous tes passeports

Comme toi les bannissements

Mur des Décantations

Tout un peuple venait essuyer ses larmes

Sur ta vareuse, Abou Ammar

Et les Arabes leur morve

Et leur félonie encroûtée

Sur mon coeur, cette pancarte

Ecrite par Yigal Amir

“El-Qods: Eternité kilomètres”

Paix des braves

Paix des glaives

Paix des pierres et des catapultes

Je pète sur vos pets

Et crache sur vos bombes

Nous n’irons pas à Camp David

Nous n’irons pas à Oslo

Nous n’irons pas à Charam Echeikh

Nous resterons à Ramallah

Dans ta prison présidentielle de la Mouqataâ

Nous oublierons les check-points

Nous oublierons Jénine

Nous oublierons Sharon

Nous oublierons Bush

Nous oublierons Yigal Amir

Nous oublierons la “Nekba”

Nous oublierons la “Nekssa”

Nous oublierons “Septembre Noir”

242

1948

1956

1967

Nous rirons un bon coup en regardant “Intervention divine”

Nous boirons quelques vers de Mahmoud Darwiche

Sous les “bah!” moqueurs de Jean Genêt

Nous ne songerons qu’à l’invention du retour

En écoutant Barenboïm

Joué par Edward Saïd

Au bon souvenir de l’Intifada

Sacré Abou Ammar

Ta disparition a un parfum de canular

Toi qui narguais tes bourreaux

Avec la jubilation d’un vieux renard

Et qui draguais la mort

Au point de l’inviter à dîner

Votre dernier rendez-vous s’est voulu parisien

Vous avez mangé un grec

Piquant comme ta tragédie

Et vous avez fait l’amour

Sans préservatifs ni retenue

jusqu’au dernier métro

Sans check-points ni barbelés

Du parc Monceau à Saint-Germain

C’était ta première nuit sans générateur électrique

La dernière aussi

Je m’en vais de ce pas

Déposer mon bout de liberté

D’un geste katébien

Sur ta tombe assiégée

*

Mon bagne, c’est toi!

J’ai commis une infamie

Je t’ai aimée

Et mon bagne a été toi

Et à la place des bulles de pierres

Que les forçats échangent contre leurs fautes

Le tribunal de l’amour m’a condamné

A piocher dans le marbre de ton coeur

*

Lettre à ma chienne de vie

A la vie ma maîtresse d’école

Je rendrai ma copie blanche

Car je n’ai point de réponse

A sa litanie de questions

A la vie ma maîtresse de lit

J’offrirai un amour amer

Qu’elle boira jusqu’à la lie

Puis je me lèverai sans bruit

Sous le manteau de la nuit

Et irai jeter ses baisers

Au premier chien qui passe

Quand je t’embrasse,

Mes lèvres se cassent

Quand je t’aime,

Mon coeur se brise

Quand je te regarde nue

J’en deviens impuissant!

*

Nietzsche ta mère!

A Dahmane,

Le plongeur sans oxygène

Dans les abysses de sa bouteille

Et qui voyage sans passeport

Au pays des Sans-Problèmes

Que tu sniffes

Que tu kif

Que tu planes

Que tu marijuanes

Que tu te shootes

Que tu te choucroute

Que tu te piques

Que tu te niques

Que tu te pètes

Des pieds à la tête

Que tu te consommes

Que tu te consumes

Que tu t’extasies

A l’ecstasy

Ou à l’amertume

Que tu te plastiques

Que tu te mastic

Que tu te masturbes

Que tu te barbituriques

Que tu te dragues

Que tu te drogues

Que tu te grises

Ou piques une crise

Que tu t’abolisses

Ou t’anabolises

Que tu flânes

en Zatla-plane

En F16

Ou en 6-15

Bougie-Tizi

Bouge ton cul

Bouge ton zizi

Pour tuer ton double 6

Toi qui redoubles chaque année

A l’Ecole du Vice

Que tu te Tranxène

Que tu te Lartane

Que tu te Valium

Que tu te Xanax

Que tu te transpires

Que tu empires ou t’expires

Que tu proses

Au Prozac

Sur ta prosaïque existence

Ou te râpes au rap

En rongeant ton frein

Et posant avec ta chique

C’est shit

C’est chic

Que tu fasses ton intik

Ou ton mystique

Que tu sois accro

Pédalo

Porno ou parano

Que tu fasses ton barbeau

Ou ton Cyrano

Ton Aldo ou ton Al Pacino

Que tu sois au stade final

Du niveau terminal

Ou au stade du 5-Juillet

De l’accoutumance

Que tu sois né seringue au bras

Un joint dans la bouche

Un autre au nombril

Un mégot dans ta tête

Un pétard dans le cul

Un autre dans tes rêves

Que tu cauchemardes ou coches-ta-merde

Que tu t’exécutes tous les jours

Par petites “tronches”

Que tu te défonces à la coke

Ou à la “menthe” religieuse

Pour faire ton coq

Que tu sois au degré suprême du manque

Ou au Nirvana

Sache que dans cette queue leu leu de que

Je ne tiens que sur une quille

A attendre La Quille

Et avoir la conscience tranquille

Putain, t’es plus qu’une coquille

Vide

Vile

Seul dans ta peau

A la vie comme à la ville

Un faux rêve de morphine

De toxine

De nicotine

Nique-ta-pomme

Nietzche ta mère

Naâ-dine-ou-dine!…

Alors,

Chers loosers

Chères looseuses

Bla dine kessam

Fumons un joint

A la santé de Dahmane

Et de tous les m’digoutyine

Et les kifou m’qaoudine!

Avant que l’overdose

Ou la BenLadose Pétose

Ne sonne le glas de nos veines

En intraveineuse

Veinard

T’es toujours pas mort?

Même la mort ne veut pas de tes torts

Couillon!

Connard!

Poltron!

Trouillard!

Pisse ta puce vénéneuse

Crache ta merde!

Vide ton venin

Vilain!

Et viens qu’on trinque

A la santé des toxicos

Qui, de Khenchela à Mexico

Meurent et vivent par petite dose

Puis revivent puis re-meurent

Puis reviennent comme une rumeur

Comme un murmure

Comme un tag contre le mur

Comme une partouze de roses

Puis se meurent

Puis se meurent

Puis plus rien

C’est l’extase

C’esst l’extose

Merde soit-il

Toz!

*

Taches de bonheur

Chérie,

Regarde!

Tu as plein de taches roses sur le visage

tu as plein de roses sur ton buste éminent

Tu as du sourire plein les dents

Chérie,

Tu as du soleil sur le visage

Tu as tout le soleil sur ton visage

Tu as plein de taches de bonheur sur la peau

Viens-là que je t’enlace

Que je t’embrasse

Que je te vole quelques miettes

De ce bonheur copieux

Que tu as sur la peau

Que tu as dans la peau

Toi qui rends heureux

Jusqu’aux gens que tu détestes!

*

Pardon d’exister!

Je suis un grain de spectacle

Dans l’immense ennui de Dieu

Je vis par défaut

Je mange quand il le faut

Je suis un peu marié

Je respire la haine et l’acier

Mon toit est d’amiante

Mon lit est d’épouvante

Je dors par évanouissement

Et pour la culture générale

Et les choses de l’épanouissement

J’ai été à l’école anormale

Au grand dam…

De cette grande dame

Que fut maman

Je suis un grain de spectacle

Dans l’immense ennui de Dieu

Chère humanité,

Assez fouler ma dignité

Je refuse d’être ton excrément!

*

Danse de la paix et de la guerre

La paix danse avec la guerre

La guerre fait l’amour à la paix

La guerre danse avec la mort

La mort la trompe avec la vie

La vie trempe dans la survie

La vie se trompe de cavalier

La vie danse avec la mort

La paix danse avec la guerre

La guerre trompe la paix avec moi

La paix me fait la guerre

La mort me fait l’amour

L’amour danse avec toi

La paix danse avec la guerre

La mort danse avec la vie

La raison avec la folie

L’eau avec le feu

L’air avec ta bouche

L’univers entier est en transe

seule toi me refuses tes hanches

Message édité le 11 août 2008

Coktaïl kafkaïne de Mustapha Benfodil. (9)

8 juil

Ma puce-maker

Peace and love
Pisse ton flingue
Pense à ta puce
Je t’aime, bébé
Tu es so space
Tu es mon pace-maker
Mon peace-maker
Tu me regardes et je deviens tout pacifique
De l’Irak à l’Amérique
Ma puce,
Tu es dans mon portable
Dans mon cartable
Dans mes pensées
Dans ma vessie
Dans ma peau
Dans mes poumons
Dans chaque pan de mon être instable
Ma Puce,
Chaque fois que je forme un numéro
Je tombe sur toi
Comme par erreur
Comme par amour
Ma Puce,
Je t’ai enlevée de mon portable
Pour te mettre dans mon coeur
Je marche à ton gré, désormais
Je marche au verbe “aimer”
Tu es ma puce-maker!
*
La pagaille des éléments
Je suis l’enfance saccagée
Je suis l’enfer qui m’attend
Je suis Dieu désobéi
Je suis ma mère malheureuse
Je suis mon père déserteur
Je suis le printemps éphémère
Je suis le jour sans lumière
Je suis le soleil qui s’éteint
Je suis la musique mutique
Je suis l’oiseau sans ailes
Je suis le ciel sans oiseaux
Je suis le corbeau dans le ciel
Je suis l’éclipse des lunes de miel
Je suis le printemps qui chôme
Je suis la mer qui se pâme
Je suis tout ce qui n’est pas
Conforme à ce que je veux
Alors, que ma volonté soit
Ou que le feu emporte le tout
Et que ses cendres deviennent JE!
*
L’éternel enfant
Maman, j’ai peur des relations publiques
Et les filles
Et les flics
Et le service militaire
Maman, j’ai peur de devenir un jour
Un citoyen ordinaire
Maman, j’ai peur de la réalité
La Vérité
La virilité
Le fric
La politique
La vie
La mort
Qui a raison?
Qui a tort?
Maman, j’ai peur de réfléchir
D’être l’unique espèce qui pense
A l’avenir
Aux printemps de Prague à venir
Et la nuit du monde qui sombre
Dans sa folie stérile
Maman, j’ai peur d’attraper un jour
la maladie de l’amour
Maman, j’ai peur de me conjuguer à deux
D’avoir un gosse un jour
Comme moi qui…
refusera de grandir
Et collera comme je colle
Maman à tes jupons!
Maman j’ai peur de tant et tant de périls
Et par-dessus tout
De ne pas rester puérile!
*
Horizon funèbre
Ame murée / Corps-prison / Tu as raison / L’âme au goulot / Boulet-boulot / Je traîne mes chaînes / Comme un forçat / Forcé à vivre / Peine capiteuse / En lettres capitales / Paradoxal / Condamné à vivre / drôle de manège / tiraillées les méninges / Comme nos pattes à l’école / par les maîtres de la vieille garde / qui juraient au tableau / Que vivre, c’était beau / Fatigué de dire non / fatigué de dire oui / fatigué de résister / fatigué de subsister / Assez exister! Otez l’existution! Hâtez l’exécution!
*
Définition du pétrole
Un engrais très efficace
pour l’élevage des grosses fortunes
dans les monarchies mafiogènes
Et les économies corruptophiles
*
E-Crie!
Je veux comme Pablo
Ecrire triste ce soir
Je veux écrire par exemple
Que la nuit est la seule ce soir
Qu’il y a tellement de gens
Qui dormiront à même l’hiver
Ou écrire par exemple
Que tous les mots du Poète
N’épuisent pas l’amertume
Et le gris qui jubile
Au creuset de mes maux
Ou écrire encore
Que mon coeur est un abîme
D’où n’échappe ni lumière, ni rime
Mystère sur mystère
C’est cet abîme qu’habite mon âme
Et l’encre où je trempe mon calame
Ou écrire tous les cris
De tous les prisonniers
Incarcérés injustement
Qui lacèrent chaque soir leur peau
Pour y crier leur innocence
Et écrire avec leurs veines
Des testaments vides à leurs femmes
Et moi, comme cet innocent
Laissez-moi crier ce soir
Des tréfonds de mon âme noire
Laissez-moi écrire son nom:
LIBERTE, JE T’AIME DESESPEREMENT!
*
Conjugaison anti-conjugale
Je t’aime
Tu l’aimes
Il m’aime
Je ne l’aime pas
Tu ne m’aimes pas
Il ne t’aime pas
Nous nous aimons
Nous ne nous aimons pas
Y a pas assez d’amants
Pour une conjugaison sympa
Y a-t-il un autre verbe dans la salle?
*
Journal d’un viol
” A chaque froufrou des feuilles, à chaque soupir du vent, je voyais une main se jeter sur ma culotte et déchirer cinq cent fois mon hymen. Chaque nuit, je montais la garde sur ma pureté. Et autour de ma hanche, j’ai enroulé un bourrelet comme une ceinture de chasteté. Si l’un d’eux m’approchait, il emportait, du coup, mon âme. Chaque seconde était un viol à plusieurs. Mes nuits étaient hantées de tous les cris de ces femmes qu’ils avaient souillées, ces fillettes qui n’avaient pas encore fini de manger leur glace, qui ne savaient pas même que le mot garçon existait, et qu’il n’est pas interdit de se baigner à poil quand la porte du haouch est fermée. Chaque nuit, j’accompagnais chacun de leurs cris, et mourais de leur mort, et murmurais leurs prières pour que Dieu eût pitié de leurs âmes quand, de retour au village, elles seraient exécutées pour de bon, sur l’autel de l’honneur, afin d’effacer à jamais toute trace du déshonneur. Moi qui étais femme depuis que mes seins avaient poussé, et que j’ai senti crépité en moi le feu du désir, voilà que je redevenais plus farouche et pétrifiée que les jeunes vestales de ces villages meurtris. Chaque nuit, je cauchemardais de mille pénis rampant sous mon lit tels des reptiles affreux qui pénétraient sous mes cuisses, et qui soulevaient mes jambes, et qui s’enfonçaient dans ma bouche, et qui traversaient mes veines, et qui sortaient de mon vagin avec mon honneur et mes cris. Chaque seconde était un viol à plusieurs; un viol multiplié par mille barbes. Et dans chaque regard, je me voyais déshabillée, puis attachée à un lit de fer n. De grosses mains maculées de sang arrachaient mes voiles et écartaient mes cuisses, et leurs lèvres baveuses de se jeter sur mon intimité, et leurs barbes éraflaient ma peau comme des barbelés. Je suis griffée dans ma chair,, et du sang coule de partout, et de chaque bout de mon intimité sort un bâtard, et de chaque fantasme religieux, une infamie. Je me vois ensuite exposée nue, saignante, dégoûtante, dégoulinant de sperme, et toute barbouillée de honte et de poils. Je suis exposée nue au milieu de leur halqa, et ils tournoient autour de moi, exposée nue telle une offrande, ils tournoient, tournoient, tournoient, jusqu’à me donner le vertige, et m’engloutir dans leur ivresse phallique. Les revoici, satyres insatiables, se masturbant en choeur, et éjaculant d’un même jet leur sale morve baveuse, visqueuse, pâteuse, sur moi, exposée nue, et me voilà buvant leur bave, et avalant leur sale semence, et ravalant ma mort, et luttant à mort pour remonter mes mains attachées sur ma poitrine, mon nombril, mon vagin, ou mon visage, exposés nus. Je n’ai pas assez de mains pour cacher mon sexe, mes seins, mes lèvres, mes fesses. Tout mon corps est un cul exposé nu, et les voici encore, l’un prenant un bras, l’autre une jambe, un troisième une lèvre, et un quatrième un sein, et le grand chef le tout. Ils tirent chacun dans un sens, et quand je manque d’être écartelée, le grand chef me l’envoie en plein dans le bas-ventre, tandis qu’un autre m’enferre de derrière, et le troisième me bouche la bouche, et encore un dans chaque oreille, et quand c’est enfin fini, j’apprends que ce n’est que la première fournée, et voici la deuxième, et la troisième, et bientôt, toute la colonie, et quand ma nymphe ne mouille plus que de pus et de sang, ils en remettent encore une couche avec leurs langues acérées, et me lèchent avec leurs griffes en me labourant le corps, exposé nu, et quand il ne reste plus un centimètre de chair à souiller, ils me saupoudrent de sel, et me mangent crue, et avec le cimetière que mon corps est devenu, ils poursuivent la partouze, toujours à une contre douze, et ils rotent quand ils gémissent, puis me jettent au bûcher, en tournoyant comme des derviches niqueurs, autour du totem que ma honte est devenue, et leurs pénis lascifs comme des serpents entrent par chaque orifice, et me suivent jusque dans mon autodafé, pour que le bûcher s’attise au feu du désir, pour que les flammes goûtent au carnage orgastique, et pour que la Mort jouisse.”
*
Le bonheur en chantier
Il manque le plan: l’espoir
Il manque la dalle: la loi
Il manque les piliers: les idées
Il manque les clous: les rêves
Il manque les poutres: la volonté
Il manque les murs: les enfants
Il manque le plafond: la raison
Il manque la terre: toi
*
Mademoiselle Splendide
Dieu a mis six jours pour créer le monde
Dont cinq pour façonner tes lèvres
Et le septième pour se reposer
Du vertige que Lui donna ta bouche
Quand Il t’a fait le bouche-à-bouche
Au moment de t’insuffler Son âme
Sur la face cachée de la lune
On devrait sculpter ta face
Pour que tu rayonnes sur les zones
Oubliées par les astres nocturnes
Et dans chaque pierre
On devrait graver ton nom
Pour donner aux pierres un coeur
Et pour que ta splendeur
Serve de signe aux aveugles
Et que ta lumière leur rende la vue
Et que ton sourire soit le soleil
Qui me guide le matin
Et ton visage diaphane le soir
Et que ton étoile brille à jamais
Dans le firmament des hommes
Pour qu’ils connaissent à la noblesse un visage
Et baptisent le ciel à ton nom!
*
Message édité le 7 août 2008

Coktaïl Kafkaïne de Mustapha Benfodil. (8)

8 juil

La ville où le soleil oublie de se coucher

Petit frère

J’ai visité une ville foraine

Où la musique est un devoir

Et l’espérance obligatoire

Et, dans leur code de la route

Est libellé le droit au doute

Et dans l’air qu’exhalent ses boulevards

Des paillettes où scintillent mille femmes

Et dans leurs jardins éclorent

Toutes les roses interdites

Dans cette ville, petit frère

Le soleil rate toujours le dernier métro

Lui qui s’oublie tous les soirs

Dans ses soirées rétro

Et puis, il s’emmêle toujours les rayons

Dans le dédale de Châtelet-les-Halles

Et au beau milieu de la nuit

Le voici qui luit et brille

Car dans cette ville

Dans cette ville, petit frère

Le soleil oublie de se coucher

Et danse la salsa avec le Seine

Jusqu’à ce que lune de ciel s’ensuive

Et le soleil tombe de sommeil

Le visage ébloui aux lumières de Paris

Amours industrielles

Je l’ai connue un dimanche

Le lundi, je lui ai dit “Je t’aime”

Le mardi : idem

Le mercredi : “Tu m’as manqué quand même”

Jeudi, elle était dans mon lit

Le vendredi, excuse-moi, chérie,

J’ai une petite panne de flamme

Le samedi c’est fini!

Le dimanche, on oublie

Au suivant, à qui le tour

Sur le carrousel de l’amour?

Passion à la petite semaine

Gloire aux romances

Des amours à la chaîne!

Matoub mon Qassaman!

à la mémoire de Lounès Matoub,

assassiné le 25 juin 1998

Merci d’avoir arraché à l’hymne de la Patrie son hymen

Merci d’avoir mis la colère au service de la nation

Merci d’avoir démonopolisé le Carré des Martyrs

Merci d’avoir chanté à l’Olympia en tifinagh

Merci d’être mort avant les élections pestilentielles

Merci d’avoir écrit les paroles et musique du Printemps Noir

Merci de n’avoir pas connu Bouteflika

Merci d’avoir sauvé la jambe berbère de l’amputation

Merci d’avoir rendu possible la Révolution

Merci d’avoir composé des ballades

Des aubades

Des sérénades

Des barricades

Merci d’avoir rendu la liberté aux nomades

Merci d’avoir fait de la politique une boîte à musique

Merci d’avoir rendu le luth un instrument de lutte

Merci d’avoir fait de chaque concert un meeting

De chaque chanson un tag

De chaque istikhbar un scandale

De chaque note une émeute

Et de ta mort une guerre civile

Merci d’avoir embrasé le pays

Sur un mot d’ordre lyrique

Quand mille versets liturgiques

Et cent campagnes électorales

N’ont pas extirpé notre souffle libertaire

De son sommeil léthargique

Merci, Lounès, merci, chapeau,

Merci au nom de tout le troupeau

Taourirt Moussa t’a érigé une stèle

Et tu comptes des milliers de fidèles

Et davantage de faux jetons

De faux frères

De faucons

Et de faux culs

Qui pavoisaient dans leur chapelle

En apprenant la nouvelle

Et qui font mine d’enterrement

Devant la télévision

Foutez vos sales fleurs dans vos tombes!

Merci, Lounès, du bras d’honneur

Le Géographe de la Passion

Il est un territoire dans lequel l’amour et la liberté peuvent cohabiter en paix.

Ce territoire n’est malheureusement connu d’aucun géographe.

Rêve ou crève!

Je suis un rêve délicieux

Je suis un rêve pernicieux

Je suis un rêve qui promet

Je suis une promesse qui rêve

Je suis un rêve délictueux

Je suis un désir têtu

Je suis un pari cinglé

Perché sur une révolte rentrée

Je suis un rêve délicieux

Je suis un rêve délictueux

Je suis une tête brûlée

Assise sur un rêve qui brûle

*

Message édité le 23 juillet 2008

Cocktaïl Kafkaïne de Mustapha Benfodil. (7)

8 juil
Le mal d’amour
J’ai le mal de mère
Le mal d’amour
J’ai le mal des mots
J’ai les mots
A fleur de peau
La peau à fleur des mots
Mal des fleurs
Fleurs du mal
Fleurs des maux
J’ai mal
J’aime elle
J’ai plein de mots sur la peau
Dans la peau
Une mer de mots
A fleur de flots
Fleurs d’eau
Fleurs de lotus
Poison d’eau douce
Nymphes
Lys et glaïeuls
J’en ai plein la gueule
De toi
Je te dégueule
J’ai mal de toi
J’ai le mal de toi
Tu es toutes mes fleurs
Tous les mots
Tous mes maux
Tu es la mer et l’amour
C’est toi mon âme
C’est toi ma peau!
*
Les présentations
Ça, c’est mon lit
Ça, c’est mon ordi
Ça, c’est ma chambre
Ça, c’est mon ombre
Ça, c’est ma mère
Ça, c’est mon père
Ça, c’est mon chat
Ça, c’est ma télé
Ça, c’est ma commode
Ça, c’est mes rêves incommodes
Prends tout
Tout
Tout
Laisse-moi juste ça
Oui, ça
Oui
Ce minable ça
Ma liberté
*
Le rêve Algéricain
Je marche comme Dante
Dans ma comédie civile
A vau-l’eau
Contre le veau d’or
J’évolue contre Darwin
Et ses singes intelligents
Des villes au coeur en ruines
Je troque ma vie citadine
Contre une vieille pierre de Palestine
Et dans ma mémoire je fouine
A la recherche de quelque signe
De quelque ancienne humanité
Je nage jusqu’aux origines
Jusqu’au temps où le travail
Le chic, le fric, la frime
Le culte de la morphine
Et la civilisation des tailles fines
N’étaient encore qu’en germe
Dans la naïveté des hommes
Mais, hélas, c’est pas possible
Car je suis déjà moderne
Et déjà, déjà, si terne
Malgré mes bonnes intentions
Et mes velléités tziganes
Je suis exilé dans mon siècle
Comme si j’étais un très vieux chêne
Je sens monter une vieille larme
Celle d’un orgueilleux gitane
Peut-être y a-t-il quelque roulotte
Où je peux rejouer, rebelote,
A la roulette du destin
Et redevenir trois fois rien
Moi qui n’ai jamais rêvé
De devenir Américain!
*
Brève fille
Belle fille
Si grave
Si brave
Si brève
Un si
Beau
Rêve
Soupçon
D’Eve
Comme une
Comptine
De ta sève
Déjà tu te lèves
Tu m’étreins
Tu me fumes
*
La boîte à outils du Poète
Le poète s’exprime
Avec des montagnes de mensonges
Beaux comme le vent
Sacrifiant la vérité
Sur l’autel de la rime
Ses paroles sont des songes
Que la vie rend infirmes
Dans ses mots affectés
Il chante la liberté
Avec des vers versatiles
Prenant le pli de la langue
Qui tangue avec le style
Qui, seul, parle et prime!
*
message édité le 16 juillet 2008

Cocktaïl Kafkaïne de Mustapha Benfodil. (5)

8 juil

Cocktail Lovotov

Faites le mur, ne faites pas la guerre

Faites l’amour, ne faites pas le con

Faites l’amour, ne faites pas le mort

Faites la mer, ne foutez pas la merde

Faites la fête, ne faites pas la tête

Faites l’amour, ne faites pas la guerre

Faites la paix, ne faites pas semblant

Faites l’amour ou foutez-moi la paix!

Un brave mauvais bavard

Dussé-je être l’ombre du chien de Voltaire

J’aurais encore eu plus d’esprit

Que cette vilaine plume entêtée

Qui,

Tenant ma faconde si peu féconde en respect

Ne veut, décidément, pas se taire!

Credo nihiliste

Je ne crois en Dieu

Que le temps d’un blasphème

Etre ou ne pas être

Ce n’est pas mon problème!

Testament d’un déshérité (I)

Par le présent testament

Je lègue à ma famille

Un très grand soulagement

Et cède mes os étriqués

A tous les masos

de l’humanité

Quant à ma femme chérie…

Je lui laisse en héritage

Une belle relique sans partage:

L’unique exemplaire

D’un amour sincère

Et des poches encore intactes

Pour n’avoir jamais goûté

A la souillure des grands sous

L’homme qui parlait à tes cheveux

Tu sors du commun

Je sors du coma

Comme un rescapé grand format

Je m’amarre à ton mat

Tu en as marre de moi

Mon navire chavire

Je m’accroche

à ton sourire

Je m’en vais mourir

Au chevet de tes cheveux

Laissés dans ma main

Quand tu allais partir

Message édité le 5 juillet 2008

Cocktaïl Kafkaïne de Mustapha Benfodil (4)

8 juil

Portrait-robot de la mort

La mort arpente la morgue en chantant

Elle se nourrit de cadavres

La mort pleure

La mort pleure comme nous, humains, rions

Les larmes sont des sourires dans sa langue

Clandestin VIP

Elle est de tous les bateaux

elle est la mousse, le pirate et le capitaine

Quand elle est triste

La mort croque des parapluies

Comme un croque-mitaine

Quand elle a envie d’aller aux toilettes

La mort mord un pigeon

Quand elle veut envoyer un e-mail

La mort allume une cigarette

Quand elle veut faire un petit somme

La mort éteint le monde

Et allume la radio

Quand elle veut tuer quelqu’un

La mort cueille un arbre

Ou bien chausse un métro

En affûtant son orgue

Quand elle veut faire l’amour

La mort mâche un match de football

Quand elle veut rire un peu

La mort éteint son portable

Quand elle a envie de mourir

La mort mange un peuple libre.

Prière

Dieu des Machins et des Machines

Des assassins et des Hashshâshîn

Si tels sont Vos oracles et Vos hommes

Vos défenses et Vos commandes

Laissez pourrir ma raison

Et prenez mon insoumission en offrande

Dieu des Machins et des Machines

Refaites-moi un destin

Cousu avec ma liberté

Amine!

Partition florale

Que le jardin des plaisirs

Fleurisse sur ta peau

Deux mille roses de bonheur

Chaque rose avec deux mille pétales

Chaque pétale d’un parfum différent

D’une couleur différente

Un pétale au chocolat

Un pétale à la vanille

Un pétale pour l’amour

Un pétale pour la paix

J’ai les boules!

Dieu des Machins et des Machines

Des engins et des angines

Que je sois pingouin ou gouine

Faites seulement que les boules

Qui escortent mon mollusque

Ne montrent pas à ma tête!

Ma ration d’étoiles

Dans la prison de l’être

Dessinez-moi une fenêtre

Qui donne sur l’infini

Et attachez-moi à mille boulets

Je vous céderais ma ration

D’eau, de pain et de paix

Privez-moi d’étoiles et…

Chaque matin

Vous réveillerez une mutinerie!

Octobre, novembre, décombres

Eruption de colère à Alger

La rue tremble

La rue déborde sur les trottoirs et les souks el fellah

La colère enfle, véhémente

La plèbe sourd des égouts

La rue étale son pus libertaire

La lave des chômeurs coule dans la ville

Et emporte les commissariats

Un casque vise une casquette

La visière à l’envers

Le môme sort sa braguette

Et pisse sur un char

Avec le salut militaire

Le vent souffle, rugissant

Sur les collines insoumises

Le vent arrache trois lettres menottées

A l’arbre tutélaire

F

L

N

Déchiquetée la feuille de vigne

La nation est nue

On a déboulonné le Maqam

Haq Allah madame!

Ketchoua chausse des Stan Smith

Serkadji a porté Soustara sur ses épaules

De la Casbah à Bab-el-Oued

En scandant Vive Mouloudia!

Nous avons jeté Chadli à la mer

Et ses blagues aux poissons

Nous avons réinventé le scrabble

Un nouveau jeu de barjots

Où tous les mots donnent “Liberté”

F,L,N

N,L,F

N,F,L

Front de Libération des Coquelicots

Tatatatatatatatatata

Fuiez les gars!

La tyrannie revient en rafales

Une colonne de vers d’acier marche sur le macadam

En broyant les sarments de jasmin

Et les glycines de Saint Eugène

Sénac pleure

El Anka a peur

On a occupé Sahat Echouhada

On a scandé Qassaman

Sur une musique de Amar Ezzahi

Et des paroles de Lounès Matoub

Au son rouge du serment d’Octobre

La mer est rouge ce soir

Le môle est jonché de mouettes mortes

Novembre a écrasé Octobre

Et décrété la loi nuptiale

Pour l’Alliance du Fiel et du Feu

Contre tous les vers de fer

Et les pachas de droit mafieux

Rentrez, satrapes, vos triques phalliques

Et vos chairs à canon

La liberté est une maladie courageuse

Dont nous sommes tous atteints

Tombe

Tu échappes à un crash

Tu tombes dans un faux barrage

Tu échappes à la peste

Tu tombes des nues

Tu échappes à un attentat

Tu tombes dans les pommes

Tu échappes au destin

Tu tombes sur le Bon Dieu

Tu échappes à Dieu

Tu tombes amoureux!

Message édité le 7 juillet 2008

Cocktaïl Kafkaïne de Mustapha Benfodil (3).

8 juil

Le Grand Sommeil du Temps

Je ferai comme Dieu et comme le Sphinx

Je me fixerai sur mon fondement

Et je dormirai sur le Temps

Ainsi que Toutankhamon

Jusqu’à ce que jeunesse se passe

Avec mon cortège funèbre!

Je roulerai un joint avec la moustache de l’imam

Et grimperai sur le naâch qui bercera mon âme

Et dans le sépulcre aux anonymes

Je distribuerai ma chair aux asticots

Et mes rêves que rien ne corrompt

J’irai les planter en Palestine

Et ma merde abricot

Je la donnerai aux abrutis

Anonneurs de Coran

Et dans le ventre de la terre

Je poursuivrai mon sommeil

En chantant, terre, ton requiem!

Le paradis des péchés

Une houri, jardin de désirs, du Paradis des Péchés

Est descendue de mon rêve pour me saluer

La nuit dans ses prunelles était un puits de volupté

Dès que je la vis, je perdis la vue

De peur de perdre la vie de ne plus la revoir!

Pour Djaout

Plein de portraits jonchent ma chambre

Les exécutés d’hier et ceux de demain

Pourtant, je ne vois que le tien

Lunettes moustachues souriantes

Ta vie domine la vue

Dans ce rectangle du souvenir souverain

L’Algérie panique dans ton regard serein

Tandis que ta voix suit sa voie vers ma quiétude

Message édité le 18 juin 2008

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