JOURNAL DE BORD DE LA CREATION SAMANTHA A KINSHASA / 7è EPISODE

20 Sep

Résidence Samantha à Kinshasa.

Compagnie abc – Juillet 2010 – Congo Brazzaville et RDC

Journal de bord écrit par Sylvie Boskowitz (7)

Lundi 26 juillet et mardi 27 juillet

« Le travail continue, on avance, on avance, deux nouvelles scènes se profilent.

Bibish passe nous embrasser, elle part ce lundi soir au Canada.

Bibish nattée - Copyright: Compagnie abc

Le mardi soir nous allons écouter une lecture de Papy Mbwiti à l’Espace Béjart. C’est un lieu culturel qui organise des manifestations culturelles.

Dernier jour de travail au CCF de Kin et puis les « au revoir ».

Mercredi 28 juillet

Albert vient nous chercher à 9h pour nous amener au Beach où il a déjà tout prévu pour nous, les formalités sont donc extrêmement faciles. Les adieux sont émouvants.

Traversée sur un bateau VIP plus confort qu’à l’aller, nous sommes sur le pont du haut, Catherine et Alvie s’enroulent dans leurs foulards respectifs, parées de leurs lunettes de soleil façon « Catherine Deneuve qui traverse le Mékong ». À l’arrivée, on nous fait descendre sur une planchette très peu large, pas facile avec nos valises qui pèsent des tonnes. Bernard du CCF est là pour nous faire franchir les barrières douanières, on grimpe dans un 4 x 4 et retour du CCF.

Il y a une nouvelle exposition sur la peinture congolaise du XXème siècle. C’est Nicolas Bissi qui l’a organisée, il nous en fait faire la visite, c’est assez passionnant.

Jeudi 29 et vendredi 30

L’installation technique dans la salle prend du temps, très peu de puissance électrique, du matériel souvent vétuste, on ressent la grande difficulté de maintenance du lieu. Nous nous organisons pour retrouver la scéno des panneaux colorés que Catherine avait imaginés à Kinshasa, et on y arrive tant bien que mal. Catherine arrive à refaire un semblant de régie lumière.

Vendredi 30 juillet : La restitution se passe très bien, beaucoup de monde (environ 150 personnes !).

Affiche au CCF de Brazzaville - Copyright: Compagnie abc

J’essaie de faire une captation qui soit à peu près correcte mais ce n’est pas facile avec les gens qui entrent et sortent derrière moi tout au long du spectacle ! Les réactions sont fortes, les applaudissements réels et chaleureux, avec des rappels. Les retours des spectateurs sont très constructifs pour nous.

Samedi 31

Nous allons à la radio pour faire une nouvelle émission, avec une nouvelle journaliste, le jeu en vaut peut-être la chandelle.

Nous allons faire des emplettes au marché de Plateau ville, c’est un petit marché couvert et sombre avec des dizaines de petites échoppes, les commerçants y sont accueillants, on négocie les prix de façon simple. Achats de petits bijoux, tee-shirt etc, c’est bien sympa.

Dimanche 1er aout

Débriefing sur la restitution de vendredi soir, on avance à grands pas !

Le soir, Betty, la femme de Nicolas Bissi, qui est une grande costumière et que Catherine connait depuis de nombreuses années, nous donne rendez-vous au Congo Square. Nous y allons Catherine, Benoist et moi. C’est un café concert avec un orchestre de salsa, beaucoup de cuivres, l’ambiance est chaude et joyeuse. Peu de lumières, des dizaines de tables serrées les unes aux autres, une Betty en pleine forme nous accueille avec ses copines. Nous sommes repérés à 10km puisque nous sommes les seuls blancs ce qui nous vaut d’être invités à danser, d’abord moi, puis Catherine et enfin Benoist, on rigole bien.

Retour au CCF, pour attendre l’heure du départ (2h du matin) nous regardons « Enjoy poverty » de Renzo Marteens, la claque, un documentaire à voir.

C’est le départ pour Benoist, Alvie et moi, Catherine prendra l’avion le lendemain. On se sépare avec le cœur gros, ces trois semaines passées ensemble ont été fantastiques, constructives, passionnantes et tellement riches.

L’aventure de Samantha à Kinshasa est montée d’un cran cet été, elle va se poursuivre en septembre au Festival des Francophonies en Limousin, puis au printemps au Tarmac de la Villette et, nous l’espérons, à Brazzaville, à Kinshasa et dans d’autres lieux encore en Afrique francophone en 2011. »

Sylvie Boskowitz

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JOURNAL DE BORD DE LA CREATION SAMANTHA A KINSHASA / 6è EPISODE

17 Sep

Résidence Samantha à Kinshasa.

Compagnie abc – Juillet 2010 – Congo Brazzaville et RDC

Journal de bord écrit par Sylvie Boskowitz (6)


Dimanche 25 juillet

« L’église de réveil se met à hurler vers 9h, ce qui empêche Benoist de travailler comme il le souhaiterait dans sa chambre. Le taxi nous conduit au Beaux-arts non loin du CCF. De nombreuses sculptures sont exposées dans les jardins, deux boutiques d’expo vendent toutes sortes d’objets (peintures, poteries, masques, objets en bois, bijoux etc..). Nous retrouvons Vincent (du CCF), Anne-Claude et Gilles (les réalisateurs français de Tableaux noirs sur Ecran blancs) qui logent aux Beaux-arts, pour boire un thé sur la terrasse de leur maisonnette, c’est bien sympa. Retour à pied au CCF, pas mal ! Installation pour les répèt de l’après-midi. Le dimanche, tout le monde est de repos, nous avons donc le CCF pour nous seuls, c’est assez agréable comme impression. »

Alvie Bitémo en répétition - Copyright: Compagnie abc

Le CCF à Kinshasa - Copyright: Compagnie abc

Copyright: Compagnie abc

Copyright: Compagnie abc

Sylvie Boskowitz

JOURNAL DE BORD DE LA CREATION SAMANTHA A KINSHASA / 5è EPISODE

16 Sep

Résidence Samantha à Kinshasa.

Compagnie abc – Juillet 2010 – Congo Brazzaville et RDC

Journal de bord écrit par Sylvie Boskowitz (5)

Samedi 24 juillet

« Aujourd’hui c’est relâche, nous en avons grandement besoin, la fatigue grandissant. Albert, le chauffeur du CCF nous emmène une journée à la campagne pour voir les singes Bonobos. Nous partons de l’hôtel à 11h dans le grand break gris du CCF, c’est parti pour la traversée de Kinshasa, cette ville immense qui s’étend sur des kilomètres. Nous traversons plusieurs quartiers appelés Communes, avec entre autre le quartier résidentiel de Macampagne où il y a (invisibles derrière les murs d’enceintes) de grandes maisons pour les riches, il parait que Kofi Olomidé, Papa Wemba et Werrason ont des maisons dans ce coin-là. C’est aussi ici que se trouve le palais présidentiel où Kabila père s’est fait assassiné, Kabila fils habite maintenant en centre ville dans l’ancienne demeure réservée au premier ministre. Ce quartier de Macampagne s’étend sur les collines qui entourent Kin, on a donc pour une fois une vue sur une partie de la ville.

Nous traversons des marchés, on y voit des fruits et légumes, ce qui est rare en centre ville où les shayeurs ne vendent que des fruits facilement consommables sur place comme les oranges et les bananes. Les maisons s’espacent de plus en plus, et la campagne prend le dessus. Beaucoup de parcelles cultivées sur de petits monticules de terre hyper ordonnés de forme rectangulaire avec des plantations très rangées.

Après plus d’une heure de route, nous arrivons sur un chemin sablonneux escarpé, où notre voiture s’engouffre sans difficulté. Au bout de 3 km, une barrière avec un garde qui nous demande 1$ / personne, c’est l’entrée d’un restaurant situé au bord d’un lac dans la végétation. Des tables sous des paillottes au bord du lac, des pédalo bleus, un calme divin. Nous prenons commande pour le repas et repartons vers la réserve des Bonobos. Le parc Lola ya Bonobo (= le paradis des Bonobos) est un centre d’accueil pour ces grands singes qu’on ne trouve qu’en RDC. Ils étaient 100.000 en 1980, on n’en compte plus que 10.000 aujourd’hui, en cause : la déforestation et le braconnage. Le bébé Bonobo ne survit pas s’il n’est pas élevé par une maman les premières années de sa vie. Ce parc recueille les singes en perdition pour les sauvegarder et petit à petit les relâcher dans leur milieu naturel, le processus est très long. Les bébés Bonobos sont donc élevés ici par de mamans congolaises, qui font office de nounous, passant toute la journée dans l’enclos des petits qu’elles portent dans leur dos ou qu’elles accueillent sur leurs genoux. C’est très impressionnant. Notre visite du parc est accompagnée par un guide très didactique, mais c’est sympa.

Copyright: Compagnie abc

Retour au bord du lac pour le déjeuner, balade autour du lac, il y a des bonnes sœurs qui ont l’air de bien se marrer, et il y a une ONG qui distribue des arrosoirs aux paysans du coin. On est bien, détendus, heureux de ce break dans la nature car cela commence à nous manquer terriblement.

Copyright: Compagnie abc

Retour vers 18H, nous achetons des fruits délicieux, et reprenons la route de la ville. Soudain, ambiance bizarre, des gens courent et traversent la route à une centaine de mètres devant nous. Albert arrête l’auto, on ferme portes et fenêtres, on essaie de reculer la voiture mais il y a trop de véhicules engagés derrière nous. C’est une descente de voyous, armés de pierres qui viennent en découdre avec les jeunes du quartier à l’issue d’un match. On sent que tout peut aller très vite, des passants nous conseillent d’attendre avant de reprendre la route. En effet les mouvements de foule qui court reprennent dans un sens, puis dans l’autre. Finalement des voitures arrivent d’en face, Albert se dit que si ces autos ont pu passer, c’est que ce sera possible pour nous aussi, il engage donc notre véhicule, à bonne vitesse car il ne sera pas question de s’arrêter si quelque chose se passait. Une fois « l’épicentre » passé (comme dit Benoist) nous retrouvons la vie normale et bouillonnante des rues de Kinshasa comme nous les connaissons. C’est samedi soir, pas mal d’embouteillages, Albert nous ramène à l’hôtel, il devra ensuite rapporter la voiture au CCF et prendre 2 taxis pour rentrer chez lui (il habite non loin de Macampagne, c’est à dire des quartiers que nous venons de traverser).

Nous nous retrouvons tous les quatre sur le balcon de ma chambre pour faire un dîner des délicieux fruits que nous avons achetés durant notre virée. Super journée, exactement ce qu’il nous fallait ! »

Sylvie Boskowitz

JOURNAL DE BORD DE LA CREATION SAMANTHA A KINSHASA / 4è EPISODE

15 Sep


Résidence
Samantha à Kinshasa.

Compagnie abc – Juillet 2010 – Congo Brazzaville et RDC

Journal de bord écrit par Sylvie Boskowitz (4)

23 juillet

« Comme chaque matin nous attendons notre taxi qui aujourd’hui ne viendra pas… Obligés d’appeler Vincent qui vient gentiment nous chercher pour nous amener à la Radio RTSC 1, où nous sommes invités par le journaliste Majik pour son émission littéraire. Nous sommes en retard mais Bibish est là, donc pas de problème. Lors d’une pause musicale nous nous empressons de nous installer (tous les 4 en plus de Bibish et de Majik !) dans le mini-studio. Majik, très pro, avait préparé ses questions, chacun joue sa partie, beaucoup de questions sur Kinshasa bien sûr et sur nos perceptions de cette ville, questions également sur la rencontre des artistes de l’équipe, le montage du projet, etc.

A la sortie de la radio, nous pouvons rentrer à pied au CCF accompagnés de Bibish, c’est un délice de pouvoir marcher dans la ruelle sablonneuse du Mont des Arts. Nous nous arrêtons à l’espace Sadi, belle parcelle verte avec une petite scène pour les concerts.

Dans les rues, rien ne se voit de l’extérieur, il faut pousser les portails pour comprendre ce qu’il se passe derrière les murs d’enceintes recouverts de fils barbelés avec lames de rasoir. Il faut donc connaître pour oser pousser une porte.

Arrivés au CCF, Benoist enregistre Bibish pour certains passages du spectacle.

Répétition au CCF de Kinshasa - Copyright: Compagnie abc

Après-midi, débriefing sur la présentation de la veille. Point sur les retours du public, sur ce qui a marché ou pas, on réécoute tout, c’est bien, cela nous permet d’avancer dans le travail. Dans l’ensemble nous sommes plutôt d’accord. Maintenant « il n’y a plus qu’à »!

Catherine invite Moussa, le directeur technique du CCF, à prendre une bière. C’est un type super.

Moussa & Catherine - Copyright: Compagnie abc

A 19h présentation des films « Tableaux noirs sur Ecran blancs », c’est un projet franco-congolais pour un travail d’éducation à l’image : 2 réalisateurs-scénaristes français (Anne-Claude Lumet et Gilles Lemounaud – association Festimaj à Lyon) en RDC pendant plus d’un mois, dans 4 villes pour réaliser avec des jeunes apprentis cinéastes et comédiens des films courts en 10 jours à peine à partir de scénario inventés par des élèves (entre 15 et 25 ans). Le résultat est très intéressant, avec les maladresses des apprentis et leurs trouvailles, belle expérience. A l’issue de la projection, questions-débats, certaines personnes du public n’y vont pas avec le dos de la cuillère, mais c’est intéressant.

Ce soir Vincent nous emmène dîner dans un nouveau quartier, Place des Victoires, on achète des brochettes et des bananes frites dans la rue et on s’installe sur une terrasse pour les boissons. Nous passons une soirée très agréable et on se marre bien sur le choc des différents codes : par exemple ici il n’est pas rare qu’on se tienne par la main, homme-homme ou femme-femme. Vincent nous fait rire quand il nous raconte la première fois où ça lui est arrivé de se faire prendre la main par un homme pour faire quelques pas en discutant, il n’arrivait plus à suivre la conversation ! Alvie nous raconte les techniques de drague et les nioumi-nioumi, petites caresses ou chatouillis. »

Avec Toto et Vincent - Copyright: Compagnie abc

Sylvie Boskowitz

JOURNAL DE BORD DE LA CREATION SAMANTHA A KINSHASA / 3è EPISODE

14 Sep

Résidence Samantha à Kinshasa.

Compagnie abc – Juillet 2010 – Congo Brazzaville et RDC

Journal de bord écrit par Sylvie Boskowitz (3)

Du lundi 19 au jeudi 22 juillet

Réveil tôt (pas d’église de réveil à fond les ballons en semaine, ouf !) pour petit dej tôt, et taxi tôt, c’est parti !

petite pause à la cafétéria du CCF à Kin / Copyright : Compagnie abc

Le trio artistique travaille sans relâche (à part la pause déj dans le café du CCF) de 9h à 18h ou 19h. Pendant ce temps-là, je travaille dans les bureaux, me fait conduire pour aller changer de l’argent, visiter le Centre Wallonie Bruxelles qui a une salle de spectacle en centre ville, parler avec les uns et les autres. C’est Albert, le chauffeur du CCF, qui  travaille pour la France depuis 26 ans, qui me conduit le plus souvent, je lui pose plein de questions auxquelles il répond souvent en riant. Belle rencontre.

Dans la journée, il fait bon. Le ciel est souvent voilé avec parfois de petites éclaircies.

Juste à côté du CCF, une église de réveil se met en route tous les jours vers 17h, tout près de la petite Halle où nous sommes installés pour travailler, nous changeons donc notre fusil d’épaule et nous nous installons dans la grande Halle à partir du mercredi.

répétition à Kinshasa / Copyright : Compagnie abc

Jeudi 22 c’est le grand jour, car il y a restitution publique de notre travail ce soir. La journée est bien dense : dernières répétitions, derniers calages, filages, lumières, etc. Tout le monde est sur le pont, l’équipe technique conduite par Moussa, une perle, le tout chapeauté par Vincent Le Bras, Volontaire international qui travail au CCF, une autre perle, qui nous a pris sous son aile et nous aide tant qu’il le peut.

La présentation a lieu à 19h, chacun est prêt pour sa partie, Alvie et Benoist sur le plateau, Catherine fait la régie lumière après avoir fait un petit discours de présentation pour dire que le travail est « en cours », et moi je suis chargée de la captation du spectacle. Le public est attentif, les rires fusent quand il y a des références musicales ou des codes bien précis. Applaudissements, les gens restent pour féliciter l’équipe. Alvie a été très appréciée, la musique de Benoist bien perçue avec des questionnements sur la rencontre de la musique contemporaine et les références locales, nous pouvons être fiers du résultat après seulement 10 jours de travail sur le plateau !

Bibish est là, bien sûr, avec ses nombreux amis et admirateurs. Nous partons dîner au Bloc à Bandal en compagnie de Toto, un comédien qui fait des performances dans les quartiers, encore un type super. »

Sylvie Boskowitz

JOURNAL DE BORD DE LA CREATION SAMANTHA A KINSHASA / 2ème EPISODE

9 Sep

Résidence Samantha à Kinshasa.

Compagnie abc – Juillet 2010 – Congo Brazzaville et RDC

Journal de bord écrit par Sylvie Boskowitz (2)

Samedi 17 juillet départ pour Kinshasa

« Bernard du CCF s’occupe de nous accompagner au Beach  -c’est l’embarcadère pour Kinshasa- et nous faciliter les formalités. Nous prendrons un bateau « VIP » plutôt que le bac. L’addition s’allonge au fur et à mesure de notre attente, billets de transport, taxes diverses et variées, finalement c’est l’heure du départ, Bernard nous accompagne jusqu’au bateau. C’est un canot rapide, qui contient une vingtaine de places. Tout le monde doit enfiler des gilets de sauvetage, la dame à côté de nous a peur, c’est la première fois qu’elle monte en bateau, Catherine la rassure. Une fois tout le monde embarqué et bien serré, engoncé dans les gilets de sauvetage, le bateau démarre à grande vitesse, nous serons largement éclaboussés tout le long de la traversée (environ 15mn). C’est rigolo, très beau de voir Brazzaville du fleuve et Kinshasa s’approcher.

Copyright: Compagnie abc

Copyright: Compagnie abc

Copyright: Compagnie abc

Copyright: Compagnie abc

À l’arrivée, nous retrouvons Albert, du CCF de Kinshasa, qui vient nous prendre à la descente du bateau. Nos passeports sont réquisitionnés par des policiers, il faudra payer des taxes pour les récupérer, et payer des frais pour l’entrée d’Alvie, tout se passe plutôt en douceur, Albert nous indiquant la marche à suivre.

Nous voici donc à Kinshasa, c’est la grande ville ! La route principale, un axe de 2 fois 4 voies a été récemment regoudronnée, c’est un des 5 chantiers de Kabila. Pas mal d’autos, des batiments plus hauts qu’à Brazza. Albert nous conduit au CCF où nous attend Vincent Le Braz, volontaire international qui travaille au CCF de Kinshasa depuis un an, jeune homme très sympa, qui nous réserve un très bon accueil.

Le CCF de Kinshasa est constitué de plusieurs bâtiments, tout en rez-de-chaussée, un bâtiment administratif + médiathèque (en travaux pour le moment), une salle d’exposition, deux Halles ouvertes (une grande et une petite) qui sont les salles de spectacle, le tout situé dans un espace vert décoré de plusieurs sculptures d’artistes plasticiens contemporains congolais. Sur le mur extérieur de la petite halle, une fresque de Laurence Willy.

Bibish nous rejoint, elle a coupé ses cheveux, c’est bien de la retrouver.

Copyright: Compagnie abc

Le CCF organise avec le Centre wallonie Bruxelles, 10 jours de festival KVS : danse, musique et théâtre, c’est le dernier week-end. Nous assisterons à plusieurs spectacles.

Notre hôtel est situé dans le quartier Beau Marché, c’est un quartier très animé, avec de nombreux restau-gargotte qui vendent du poulet grillé. L’hôtel, construit depuis peu, est tout en toc, les portes, les serrures, les robinetteries, tout est camelotte, une « chinoiserie » comme on dit ici pour parler de quelque chose qui ne dure pas.

Le soir de notre arrivée, Vincent nous amène déguster du poulet grillé sur une des terrasses des restau-gargottes qui sont quasi au pied de l’hôtel. La musique est à fond, chaque échope propulse des rythmes endiablés, on peut à peine s’entendre, c’est assourdissant, très impressionant comme ambiance. Beaucoup d’enfants des rues, les Shégués, viennent essayer de vendre des cigarettes ou des paquets de mouchoir en papier, c’est un ballet continuel, pas facile.

Pour notre transport, il est prévu un taxi express qui viendra nous prendre le matin et nous ramènera le soir. Heureusement, Bibish nous amènera en visite dans la ville, c’est important pour nous de sentir ce qui s’y passe.

Benoist est conquis par Kinshasa, il aime cette sensation de ville, l’énergie qui s’en dégage. Alvie qui connait bien Kinshasa pour y avoir étudié, est plutôt comme un poisson dans l’eau, même si elle préfère de loin la douceur et le calme de Brazzaville. Catherine retrouve cette ambiance qu’elle a connu lors de son dernier séjour ici en 2003. Je suis très impressionnée.

Dimanche 18 juillet nous avions décidé que ce serait une matinée-repos, manque de chance nous sommes dimanche et les « églises-réveil » battent le plein assez tôt le matin et des heures durant. C’est hallucinant, dans la rue de notre hotel se trouvent deux églises réveil, dont l’église des louanges où le pasteur hurle son sermont dans un micro, en français et en Lingala (traduction simultanée phrase par phrase), le contenu fait froid dans le dos, la femme est souvent cause de tous les maux. Nous sommes tous les 4 effarés de ce boucan infernal. Ca fait peur.

Vincent et Moussa, le directeur technique du CCF, sont très présents, ils s’occupent de nous trouver tout ce que l’on demande pour notre installation technique et dispositif scénique. Bibish arrive, les répétitions peuvent commencer. Pas facile aujourd’hui pour Alvie et Benoist qui se battent contre le bruit environnant (répet’ du spectacle de ce soir dans la grande halle + préparation du buffet par des cuisiniers installés juste à côté de nous + une église-réveil aux abords du CCF). L’inquiétude grandit pour ces deux-là, mais Catherine reste calme et se dit qu’on y arrivera avec les conditions données, elle a raison. Les moustiques nous enquiquinent, il y en a vraiment beaucoup à cause d’une petite rivière d’eau stagnante et glauque qui longe le CCF, l’écran d’ordi de Benoist se noircit de moucherons au fur et à mesure que la nuit arrive, Alvie avale quelques moustiques, Bibish et Catherine se couvrent, c’est rude.

Bibish parait en forme, elle a envie que ce travail se fasse, et ce qu’elle voit et entend lui plait. »

Sylvie Boskowitz

JOURNAL DE BORD DE LA CREATION SAMANTHA A KINSHASA /1er EPISODE

1 Sep

Résidence Samantha à Kinshasa.

Compagnie abc – Juillet 2010 – Congo Brazzaville et RDC

Journal de bord écrit par Sylvie Boskowitz

« Nous partons en résidence de création de 3 semaines aux Centres Culturels français  de Brazzaville et Kinshasa créer le  spectacle « Samantha à Kinshasa ».

L’équipe  est ainsi constituée : Catherine Boskowitz, metteure en scène, Marie-Louise Bibish Mumbu, écrivain, Alvie Bitemo, chanteuse et comédienne, Benoist Bouvot, musicien et créateur sonore et  Sylvie Boskowitz, chargée de production

Au programme :

–       Répétitions au CCF de Brazzaville du 12 au 16 juillet

–       Départ pour Kinshasa le samedi 17

–       Répétitions au CCF de Kinshasa du 18 au 27 – avec présentation publique d’une étape de travail le 22.

–       Retour à Brazzaville le 28

–       Répétitions au CCF de Brazzaville du 29 au 30 – avec restitution le 30 au soir.

–       Retour à Paris le 2 août.

BRAZZAVILLE DU LUNDI 12 AU SAMEDI 17 JUILLET  2010

copyright: compagnie abc

Le CCF de Brazzaville est un beau bâtiment architecturalement. Quand on entre, il y a un grand hall d’accueil où se trouvent des journaux à disposition du public, que beaucoup de monde vient consulter et des écrans de télé qui diffusent toutes sortes de programmes. On trouve ensuite une médiathèque, un grand hall d’exposition avec actuellement une exposition de photo sur les tirailleurs sénégalais, un cyber café, une grande salle de spectacle, une salle de danse (c’est là que nous répèterons). Au premier étage : les bureaux et les studios d’accueil pour les artistes, le CCF en met deux à notre disposition.

Notre salle de répétition donne sur une allée sablée le long du mur d’enceinte du CCF.

Premiers jours de répétitions, l’équipe est réunie, Alvie enfile la petite robe rouge de Samantha, c’est « la robe scoop ».

La balade est facile à Brazzaville, on ne se sent pas particulièrement remarqués, pas beaucoup d’étrangers.

Le marché Total est un immense marché situé à peine à 1 km du CCF, beaucoup de monde, de taxis (verts et blancs), de mini-bus (aussi verts et blancs). Le sol est sablonneux, jonché-mélangé de sacs plastiques. Les gens vendent de tout sur des pagnes par terre ou dans de petites échoppes le long des rues. C’est vraiment immense, infini presque.

Dans la ville beaucoup de travaux partout, c’est la préparation des festivités de l’indépendance, beaucoup de taxis et bus, quelques grosses voitures version 4×4 pour les riches.

Du centre ville on aperçoit Kinshasa la grande au delà du fleuve Congo. C’est la saison sèche, le fleuve parait calme et une brume de chaleur embrasse l’horizon.

Alvie qui est de Brazzaville nous pilote, négocie pour nous, nous raconte la ville, les gens, les histoires, les coutumes.

C’est au marché de Poto Poto que nous trouverons du tissu (bazin) bleu, jaune et rouge pour faire faire trois robes qui seront les costumes de Samantha. Ce marché est constitué de nombreuses ruelles bordées de dizaines et de dizaines de boutiques de tissus, pagnes, bazin, robes de toutes le couleurs. Ce sera Bienvenue, couturière, une amie d’ami d’Alvie qui confectionnera les 3 robes de Samantha.

Le soir, nous prenons un Coaster (bus collectif) ou un  Yace (minibus) ou encore un taxi pour aller dans différents quartiers très agréables, diner dans de petits restaus : poulet, poisson, manioc, bananes frites, bière locale. Le temps est doux, c’est extra.

Au fur et à mesure que les jours passent le travail avance bien, le trio (Catherine, Alvie et Benoist) est fatigué mais heureux. Marcel Mankita, comédien qui voyage avec nous, enregistre des lectures d’extraits de Samantha à Kinshasa pour le spectacle.

Copyright: compagnie abc

Copyright: Compagnie abc

Mardi 13 au soir nous filons à Radio Congo où nous sommes attendus pour une émission en direct sur les artistes congolais. Gogo, la productrice de cette émission, en robe violette de bazin, nous accueille chaleureusement. Notre intervention durera une demie-heure, nous présentons le spectacle Samantha à Kinshasa et le duo Alvie/Benoist. Alvie n’a pas la langue dans sa poche pour dire que les artistes congolais actuels ne sont pas pris en considération dans leur propre pays, et que c’est bien pour cela qu’ils filent à l’étranger pour espérer réussir. Le chanteur « Jackson baby » fera la seconde partie de l’émission.

Mercredi 14 juillet, aucune activité au CCF ce jour, le matin, le gardien seul dans le hall du CCF regarde à la télé le défilé sur les Champs Elysées.

Jeudi 15 juillet.  Avec Pierre Jullien, Directeur du CCF, Nicolas Bissi, qui travaille avec lui, et Victor, le régisseur technique du CCF, nous parlons de tous les points qui nous occupent : l’organisation de la restitution d’une première étape de travail de Samantha à Kinshasa le 30 juillet au CCF, l’organisation de notre passage au Beach pour nous rendre à Kinshasa. Nous discutons aussi de la prévision de la tournée pour 2011 : il faut que la commission de programmation des CCF en région se réunisse après le Festival de Limoges (pour voir comment le spectacle sera reçu) pour que les directeurs de CCF s’engagent.

En ce moment au CCF, se produit un festival de Hip-Hop, pour lutter pour la paix, contre les violences, notamment celles faites aux femmes. Les groupes de jeunes musiciens s’activent. Le soir au CCF plusieurs manifestations, expo, performance, concert devant le CCF et à la cafèt.

Il y a aussi le lancement de « Chocolate Banane » une performance audiovisuelle, deux artistes : Bill une artiste congolaise et un artiste camerounais. Ils ont été filmé en Chine les imigrés africains dans la ville de Wunzou, ces films sont projetés sur des écrans à l’intérieur de taxi, cela parle de l’imigration Chine/Afrique. 5 taxis et 1 minibus ainsi équipés circuleront dans la ville pendant 15 jours, au gré des clients qui pourront voir tout ou partie du film au gré de leur course.

Jeudi 15 juillet au soir, nous retrouvons Victor Louya Mpene Malela, metteur en scène et comédien qui répète actuellement un spectacle sous la direction d’Eric Mampouya et qui sera présenté lors des cérémonies de fêtes de l’indépendance autour du 15 aout. Nous passons une soirée délicieuse en sa compagnie, Victor parait aller bien, il est extrêmement drôle et nous faire énormément rire, c’est extra.

Copyright: Compagnie abc

Vendredi 16 juillet, dernier jour de répétitions à Brazzaville avant le départ pour Kinshasa.

A l’heure du déjeuner l’ensemble de l’équipe part au marché Poto Poto pour faire des amplettes de tissus et pagnes, cela fait du bien à tous de sortir un peu de la salle de répétition !

Bienvenue, la couturière, nous apporte les 3 robes de Samantha, une jaune, une rouge, une bleue, qu’Alvie portera en superposition pendant le spectacle. Les robes tombent impeccablement sur Alvie, c’est très beau. »

Copyright: Compagnie abc

Sylvie Boskowitz

Samantha à Kinshasa sera accueillie au Lycée Limosin !

25 Août

Souvenez-vous, le premier chantier du spectacle Samantha à Kinshasa avait eu lieu au Lycée Léonard Limosin, dans la salle de théâtre, lors d’une mise en lecture pour Nouvelles Zébrures 2009.

Pour 2010, les Francophonies ont souhaité aller de l’avant dans cette collaboration avec le Lycée Limosin. Ce dernier sera donc au cœur même du festival car il accueillera les artistes pendant les répétitions et les trois représentations (jeudi 30 septembre, vendredi 1er octobre et samedi 2octobre).

Dix jours d’occupation donc. Dix jours de bouillonnement permanent dans le lycée surtout !

Une belle occasion de profiter de cette effervescence pour susciter la curiosité des élèves, leur permettre d’assister aux moments de répétition, de rencontrer les artistes, de travailler avec leurs enseignants sur les thématiques du spectacle…

Extrait de « Samantha à Kinshasa » de Marie-Louise Bibish Mumbu

23 Août

« Je suis sur le siège 19A de l’airbus A330 de Air France à destination de Paris et je bois. Du rouge. Je ne lis pas. Le Soir ou le Monde. Je n’engage pas la conversation avec mon voisin, un quadragénaire blanc. Moi, si bavarde d’habitude, je ne parle pas. Je n’écoute pas de musique, je ne regarde pas de programme spécial. Dessins animés, films sortis récemment au cinéma, infos, jeux vidéo. Rien de tout cela ! Non, moi, là, dès que l’avion avait atteint sa vitesse de croisière, je me suis mise à penser…

Ils font quoi à cette heure, les gens de mon quartier ? Les nouveaux locataires ont-ils enfin emménagé ? Des jeunes mariés. L’épouse va un peu faire les frais, au début, des « mamans du quartier », elles sont comme ça au début. Elles voudront tout contrôler, son panier quand elle vient du marché ou quand elle fait la cuisine, comment elle s’habille, est-ce qu’elle est arrivée enceinte ou ça s’est fait là, comment parle-t-elle, en quelle langue, qui sont ses amis d’ailleurs. Des choses comme ça. Après, ça ira. »

 » J’ai 34 ans et je rêvais de partir…

Je n’ai pas cessé de le répéter à Ingrid, puis à Fanta, mais elles n’ont pas capté, comme à chaque fois que je dis vraiment les choses. Elles ne sont pas les seules d’ailleurs. Les autres vont tous être bien surpris quand ils ne me verront pas chez Mbila le jour de sa « pendaison de la crémaillère »… Il a quitté Bandal pour emménager dans la commune de Kasa-Vubu.

Je ne verrais pas son chez lui, je ne réserverais pas de coin perso dans son « kot », je ne ferais plus chier sa petite amie qui ne m’aime pas beaucoup, on n’ira pas danser chez « Ntemba » ce samedi en commençant par aller manger des brochettes au « Bloc »…

Puisque je pars !

Et personne ne le sait…

On est une bande de copains. Des kinois purs et durs. Avec certains, on a étudié ensemble, avec d’autres on s’est croisé au hasard des rencontres. Il m’a dragué, j’ai dit non soyons de bons amis, ç’a marché. Il y a eu des fois où ça n’a jamais marché, et où on ne se parle même plus. Et sinon on n’a fait que subir « le choix qui fait les amis, le hasard les rencontres, comme le sort la famille »… »

Samantha à Kinshasa… de quoi ça parle?

16 Juil

Samantha, jeune journaliste congolaise de 34 ans, se résout à quitter son pays dans lequel elle ne voit pas d’avenir et se rend à Londres. Au cours du vol, elle se laisse gagner par ses souvenirs, sous la forme d’une succession de courtes séquences qui sont autant de bribes d’une vie passée, de flash-back, d’anecdotes, véritable kaléidoscope de la vie quotidienne à Kinshasa, enrichi par des personnages hauts en couleur.

En toile de fond à ce puzzle qui dresse le portrait d’une capitale et de ses habitants, il y a l’histoire du pays, de ses dirigeants et l’évocation de son actualité politique, à savoir la prise de pouvoir par Kabila, l’opposition de Bemba, les élections controversées… et la soif de démocratie de tout un peuple.

Samantha à Kinshasa, de Marie-Louise Bibish Mumbu, Edition Le Cri